- Une démission n'ouvre ni indemnité ni allocation chômage. Un licenciement ouvre les deux, y compris en cas de faute grave.
- L'indemnité légale se calcule pareil quel que soit le motif : un quart de mois par année jusqu'à dix ans, un tiers ensuite, dès 8 mois d'ancienneté.
- La faute grave supprime le préavis et l'indemnité de licenciement, mais jamais les congés payés ni les droits au chômage.
- Un licenciement jugé sans cause réelle et sérieuse donne lieu à une indemnité encadrée par un barème, de 1 à 20 mois selon l'ancienneté.
- Dans les deux cas, le délai pour saisir le conseil de prud'hommes est de douze mois.
Beaucoup de salariés qui veulent partir se demandent s'il ne vaudrait pas mieux « se faire licencier ». La différence de droits est réelle et considérable, mais elle ne se provoque pas : un licenciement se déclenche par une décision de l'employeur, et les manœuvres pour l'obtenir se retournent presque toujours contre celui qui les tente.
Le comparatif à quatre colonnes
| Critère | Démission | Licenciement, cause réelle et sérieuse | Licenciement pour faute grave | Licenciement pour faute lourde |
|---|---|---|---|---|
| Qui décide | Le salarié | L'employeur | L'employeur | L'employeur |
| Indemnité de licenciement | Aucune | Oui, dès 8 mois d'ancienneté | Aucune | Aucune |
| Préavis | Dû par le salarié | Dû et payé par l'employeur | Supprimé, non payé | Supprimé, non payé |
| Congés payés non pris | Payés | Payés | Payés | Payés |
| Allocation chômage | Non, sauf motif légitime | Oui | Oui | Oui |
| Procédure | Une lettre suffit | Convocation, entretien, notification | Identique, souvent avec mise à pied | Identique |
| Contestation | Uniquement pour vice du consentement | Sur le motif, 12 mois | Sur la qualification, 12 mois | Sur l'intention de nuire, 12 mois |
| Responsabilité financière du salarié | Préavis non effectué | Aucune | Aucune | Possible action en réparation du préjudice |
La ligne qui surprend le plus est celle du chômage. Un salarié licencié pour faute grave, voire pour faute lourde, perçoit l'allocation dans les mêmes conditions que n'importe quel autre demandeur d'emploi : l'assurance chômage indemnise la perte involontaire d'emploi, sans jugement moral sur le motif. Seule la démission, acte volontaire, en est exclue par principe.
Combien vaut l'indemnité de licenciement
Le barème de l'article R1234-2 est le même pour tous les licenciements ouvrant droit à indemnité, et sert aussi de minimum à la rupture conventionnelle : un quart de mois de salaire par année d'ancienneté jusqu'à dix ans, un tiers de mois par année au-delà. Le salaire de référence est la plus favorable des deux moyennes, celle des douze derniers mois ou celle des trois derniers avec primes annuelles proratisées.
| Ancienneté | Salaire brut mensuel | Calcul | Indemnité légale |
|---|---|---|---|
| 2 ans | 2 000 € | 2 000 × 1/4 × 2 | 1 000 € |
| 5 ans | 2 500 € | 2 500 × 1/4 × 5 | 3 125 € |
| 10 ans | 3 000 € | 3 000 × 1/4 × 10 | 7 500 € |
| 15 ans | 3 500 € | 3 500 × 1/4 × 10 + 3 500 × 1/3 × 5 | 14 583 € |
| 25 ans | 4 000 € | 4 000 × 1/4 × 10 + 4 000 × 1/3 × 15 | 30 000 € |
Beaucoup de conventions collectives prévoient mieux, en particulier pour les cadres et à partir de dix ans d'ancienneté. Quand deux textes s'appliquent, c'est le plus favorable qui l'emporte : vérifiez toujours la convention avant d'accepter un montant. Une démission ne donne accès à aucune de ces sommes, ce qui explique l'écart de plusieurs dizaines de milliers d'euros sur une longue carrière.
Si le licenciement est jugé injustifié
Un licenciement dont le motif ne tient pas devant le conseil de prud'hommes ouvre une indemnité en plus de l'indemnité légale. Son montant est encadré par le barème de l'article L1235-3, exprimé en mois de salaire brut.
| Ancienneté | Minimum | Maximum |
|---|---|---|
| 1 an | 1 mois | 2 mois |
| 2 ans | 3 mois | 3,5 mois |
| 5 ans | 3 mois | 6 mois |
| 10 ans | 3 mois | 10 mois |
| 15 ans | 3 mois | 13 mois |
| 20 ans | 3 mois | 15,5 mois |
| 30 ans et plus | 3 mois | 20 mois |
Le plafond tombe si le licenciement est frappé de nullité, par exemple en cas de harcèlement, de discrimination ou d'atteinte à une liberté fondamentale : l'indemnité est alors au minimum de six mois de salaire, sans maximum. Une démission ne donne accès à aucun de ces recours, sauf à démontrer qu'elle était équivoque et à la faire requalifier.
Se faire licencier plutôt que démissionner : la mauvaise idée
Les trois manœuvres qui échouent
Cesser de venir. Depuis la loi du 21 décembre 2022, un abandon de poste suivi d'une mise en demeure restée sans réponse débouche sur une présomption de démission, sans indemnité et sans chômage. La comparaison est faite sur démission ou abandon de poste.
Provoquer une faute. Une faute grave provoquée supprime le préavis et l'indemnité de licenciement, c'est-à-dire précisément ce que l'on cherchait à obtenir. Le seul acquis serait le chômage, déjà accessible par d'autres voies.
Demander à l'employeur un « faux licenciement ». Un licenciement de complaisance expose les deux parties : l'employeur à une fraude à l'assurance chômage, le salarié à la restitution des allocations perçues.
La voie négociée existe et s'appelle la rupture conventionnelle. Elle ouvre les mêmes droits qu'un licenciement, avec une indemnité au moins égale au minimum légal, en échange de la signature des deux parties. Attention toutefois : depuis le 1er septembre 2026, la durée d'indemnisation qui la suit est réduite à quinze mois pour les moins de 55 ans. Le calcul complet est sur démission ou rupture conventionnelle.
Ce que chaque voie change après le départ
La comparaison ne s'arrête pas au dernier jour de contrat. Trois conséquences se manifestent des mois plus tard.
| Après le départ | Après une démission | Après un licenciement |
|---|---|---|
| Mutuelle d'entreprise | Portabilité gratuite jusqu'à 12 mois, à condition d'être indemnisé par l'assurance chômage, ce qui exclut la plupart des démissionnaires | Portabilité gratuite jusqu'à 12 mois |
| Prévoyance d'entreprise | Même condition d'indemnisation | Maintenue dans les mêmes limites |
| Retraite complémentaire | Aucun point acquis pendant la période non indemnisée | Des points sont attribués pendant l'indemnisation |
| Reprise chez l'ancien employeur | Possible à tout moment, sans priorité | Priorité de réembauche d'un an en cas de licenciement économique |
La ligne de la mutuelle est celle qui coûte le plus vite. La portabilité prévue par la loi Évin suppose une prise en charge par l'assurance chômage : un salarié démissionnaire non indemnisé perd sa couverture dès la fin du contrat et doit souscrire un contrat individuel. Le détail figure sur la mutuelle après une démission et sur la prévoyance d'entreprise.
Quand une démission devient un licenciement
Trois mécanismes permettent de faire requalifier une rupture initialement présentée comme une démission.
- La démission équivoque. Une démission donnée sous le coup de l'émotion, sous pression, ou immédiatement suivie d'une contestation écrite, peut être annulée par le juge et produire les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse. Voir annuler ou rétracter une démission.
- La prise d'acte de rupture. Le salarié quitte l'entreprise en imputant la rupture aux manquements de l'employeur, puis saisit le conseil de prud'hommes, dont le bureau de jugement statue dans un délai d'un mois. Si les manquements sont retenus, la rupture produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse ; sinon, ceux d'une démission. Voir la prise d'acte.
- La résiliation judiciaire. Le salarié reste en poste et demande au juge de prononcer la rupture aux torts de l'employeur. Plus lente, elle a l'avantage de ne rien risquer : en cas de rejet, le contrat se poursuit.
Ces trois voies supposent des preuves écrites : salaires non payés, courriels de harcèlement, avertissements injustifiés, modification imposée du contrat. Sans dossier constitué à l'avance, elles se terminent en démission.
Les documents, identiques dans tous les cas
Quel que soit le motif de la rupture, l'employeur remet au dernier jour du contrat un certificat de travail, un reçu pour solde de tout compte, un état récapitulatif d'épargne salariale le cas échéant, et transmet l'attestation destinée à France Travail par la déclaration sociale nominative, dans les cinq jours ouvrés suivant la fin du contrat.
Le certificat de travail ne mentionne jamais le motif de la rupture, ni aucune appréciation. Un futur employeur qui consulte ce document n'y verra pas si vous avez démissionné ou été licencié : seule l'attestation France Travail, destinée à l'organisme et non aux recruteurs, porte le motif.
Questions fréquentes
A-t-on droit au chômage après un licenciement pour faute grave ?
Oui. L'assurance chômage indemnise la perte involontaire d'emploi sans considération du motif du licenciement. La faute grave supprime le préavis et l'indemnité de licenciement, pas les allocations, ni les congés payés non pris.
Quelle ancienneté faut-il pour toucher l'indemnité de licenciement ?
Huit mois ininterrompus au service du même employeur, à la date de notification du licenciement. En dessous, aucune indemnité légale n'est due, sauf disposition conventionnelle plus favorable.
Le préavis est-il payé en cas de licenciement ?
Oui, sauf faute grave ou lourde. Si l'employeur vous dispense de l'exécuter, il doit malgré tout verser l'indemnité compensatrice correspondante, contrairement à une démission où une dispense demandée par le salarié n'est pas payée.
Peut-on négocier un licenciement au lieu de démissionner ?
Non : un licenciement suppose un motif réel, imputable au salarié ou à l'entreprise. Un licenciement de complaisance constitue une fraude, sanctionnée pour l'employeur comme pour le salarié. La voie négociée légale est la rupture conventionnelle.
Combien de temps pour contester ?
Douze mois à compter de la notification de la rupture pour toute action portant sur celle-ci, en application de l'article L1471-1. Les réclamations de salaire suivent un délai distinct de trois ans, et la dénonciation du reçu pour solde de tout compte un délai de six mois.