Salarié comparant une démission et une rupture conventionnelle avant de quitter son emploi
En résumé
  • La rupture conventionnelle ouvre l'allocation chômage, la démission non, sauf motif légitime ou projet de reconversion validé.
  • Depuis le 1er septembre 2026, la durée maximale d'indemnisation après une rupture conventionnelle tombe à 15 mois pour les moins de 55 ans, contre 18 auparavant.
  • Elle suppose l'accord de l'employeur : aucun texte n'en fait un droit, et un refus n'a pas à être motivé.
  • L'indemnité minimale est celle du licenciement : un quart de mois par année d'ancienneté, un tiers au-delà de dix ans.
  • Sur trois profils chiffrés plus bas, l'indemnité versée reste inférieure aux trois mois d'allocation perdus depuis la réforme.

Deux portes mènent dehors quand on veut partir. L'une ne demande l'accord de personne et ferme l'assurance chômage. L'autre l'ouvre, verse une indemnité, et suppose que l'employeur signe. Le calcul entre les deux vient de changer, et pas dans le sens que la plupart des pages en ligne décrivent encore.

Ce qui a changé le 1er septembre 2026

Trois mois d'allocation en moins

La loi n° 2026-470 du 11 juin 2026, qui transpose l'avenant n° 3 du 25 février 2026 au protocole d'assurance chômage, et l'arrêté d'agrément du 19 juin 2026, réduisent la durée maximale d'indemnisation après une rupture conventionnelle individuelle. Le critère retenu est la date de fin du contrat : sont concernées les ruptures dont le contrat prend fin après le 31 août 2026.

Âge à la fin du contratDurée maximale avantDurée maximale après une rupture conventionnelle
Moins de 55 ans18 mois15 mois
55 ans et plus22,5 à 27 mois selon l'âge20,5 mois, prolongeables jusqu'à 27 mois avec un accompagnement renforcé de France Travail
Outre-mer, moins de 55 ans24 mois20 mois
Outre-mer, 55 ans et plus36 mois30 mois

Les autres modes de rupture ne sont pas touchés. Un licenciement ouvre toujours 548 jours d'indemnisation avant 53 ans, 685 jours de 53 à 54 ans et 822 jours à partir de 55 ans. La réduction vise uniquement la rupture d'un commun accord, avec un objectif affiché par les signataires : limiter son usage comme démission indemnisée. L'économie attendue est de 940 millions d'euros par an en régime de croisière.

Le comparatif, ligne par ligne

La comparaison utile se fait à trois voies, parce que la troisième, le licenciement, reste la référence à laquelle les deux autres se mesurent.

CritèreDémissionRupture conventionnelleLicenciement pour cause réelle et sérieuse
Accord de l'employeurInutileIndispensableC'est lui qui décide
Indemnité de ruptureAucuneAu moins l'indemnité légale de licenciementIndemnité légale de licenciement
Allocation chômageNon, sauf motif légitime ou démission-reconversionOuiOui
Durée maximale d'ARE, moins de 55 ansSans objet15 mois18 mois (548 jours)
PréavisDû, fixé par la convention collectiveAucun : la date de sortie est négociéeDû, durée légale minimale
Délai avant de pouvoir partirLa durée du préavisUn mois minimum de procédureLe temps de la procédure
Fiscalité de l'indemnitéSans objetExonérée d'impôt dans les limites légalesExonérée dans les mêmes limites
Clause de non-concurrenceReste due sauf levée écriteReste due sauf levée écriteReste due sauf levée écrite
Délai de contestation12 mois12 mois à compter de l'homologation12 mois

Trois cas chiffrés

L'indemnité légale se calcule sur le salaire de référence, qui est la plus favorable des deux moyennes : celle des douze derniers mois, ou celle des trois derniers avec les primes annuelles proratisées (articles R1234-2 et R1234-4). Le barème : un quart de mois par année d'ancienneté jusqu'à dix ans, un tiers de mois par année au-delà.

L'allocation, elle, retient le plus favorable de 57 % du salaire journalier de référence ou de 40,4 % du SJR augmentés de 13,18 € par jour, avec un plancher de 32,13 € par jour et un plafond de 75 % du SJR.

ProfilIndemnité de rupture conventionnelleAllocation mensuelle estiméeCe que coûtent les 3 mois retirés
30 ans, 2 000 € brut, 3 ans d'ancienneté1 500 €environ 1 192 €environ 3 576 €
38 ans, 2 800 € brut, 5 ans d'ancienneté3 500 €environ 1 574 €environ 4 722 €
45 ans, 4 500 € brut, 12 ans d'ancienneté14 250 €environ 2 530 €environ 7 590 €

Sur les trois profils, le montant d'allocation perdu dépasse l'indemnité versée. Ce constat ne condamne pas la rupture conventionnelle : il déplace le raisonnement. Elle reste très favorable pour qui retrouve un emploi rapidement, puisque l'indemnité est acquise et les mois d'allocation non consommés ne coûtent rien. Elle devient beaucoup moins protectrice pour qui anticipe une recherche longue, une reconversion ou une création d'entreprise étalée sur plus d'un an.

Les deux retenues que personne n'anticipe

Avant le premier versement s'appliquent un délai d'attente de 7 jours, un différé congés payés correspondant à l'indemnité de congés non pris, et, si l'indemnité de rupture dépasse le minimum légal, un différé spécifique égal à la part supra-légale divisée par 111,8 en 2026, dans la limite de 150 jours. Une indemnité négociée à 10 000 € au-dessus du minimum légal repousse ainsi le premier euro d'allocation de 89 jours. L'Unédic relève que 35 % des ouvertures de droit après rupture conventionnelle subissent ce différé.

La procédure de rupture conventionnelle, étape par étape

Comptez un mois entre la première signature et la sortie effective, jamais moins.

ÉtapeDélaiPoint de vigilance
Au moins un entretienLibreVous pouvez vous faire assister par un salarié de l'entreprise, ou par un conseiller extérieur s'il n'y a pas de représentants du personnel
Signature de la conventionJour JElle fixe le montant de l'indemnité et la date de rupture. Chacun repart avec un exemplaire signé, faute de quoi la convention est annulable
Délai de rétractation15 jours calendairesLes deux parties peuvent se rétracter, sans motif, par lettre recommandée
Demande d'homologationAprès la rétractationDéposée à la DDETS, en pratique par le téléservice TéléRC
Instruction15 jours ouvrablesLe silence de l'administration vaut homologation
Fin du contratAu plus tôt le lendemain de l'homologationLa date inscrite dans la convention ne peut pas être antérieure

Pour un salarié protégé, l'homologation est remplacée par une autorisation de l'inspection du travail, dont le délai est plus long et l'issue moins certaine. La procédure est décrite sur la page consacrée aux salariés protégés.

Ce que pèse réellement la rupture conventionnelle

Les chiffres qui suivent viennent du panorama publié par l'Unédic en février 2026 et portent sur l'année 2024.

Le dernier chiffre explique une bonne partie du dispositif : la rupture conventionnelle sert massivement à financer un démarrage d'activité. C'est aussi ce qui rend la réforme de septembre 2026 sensible pour les créateurs, dont le plan de trésorerie reposait sur dix-huit mois d'allocation. Les modalités de l'aide à la reprise d'entreprise sont sur démission et création d'entreprise.

Demander une rupture conventionnelle sans se griller

Aucun texte n'oblige l'employeur à accepter, ni même à répondre. Un refus ne se conteste pas. La demande se prépare donc comme une négociation, pas comme une réclamation.

Si l'employeur refuse

Trois suites existent. Rester et attendre un contexte plus favorable, ce que font la plupart des salariés. Démissionner en connaissance de cause, en vérifiant d'abord si votre situation entre dans l'un des motifs légitimes reconnus par France Travail. Ou, si votre projet est déjà construit, passer par la démission-reconversion, qui ouvre l'allocation après cinq ans d'affiliation continue et validation du projet par une commission régionale, avant la démission.

Quand la démission reste le meilleur choix

La démission garde des avantages réels que la comparaison financière masque.

Une quatrième voie existe quand l'employeur a manqué à ses obligations : la prise d'acte de rupture. Elle produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse si le juge retient la gravité des manquements, ceux d'une démission dans le cas contraire. Le risque est réel et le dossier doit être solide avant de s'y engager.

Ce qui reste de l'indemnité après impôts et cotisations

L'indemnité de rupture conventionnelle bénéficie d'un régime fiscal favorable, mais pas illimité. Les plafonds se calculent à partir du plafond annuel de la sécurité sociale, fixé à 48 060 € pour 2026 par l'arrêté du 22 décembre 2025.

PrélèvementCe qui est exonéréPlafond 2026
Impôt sur le revenuLe plus favorable entre le montant légal ou conventionnel, deux fois la rémunération brute de l'année civile précédente, ou la moitié de l'indemnitéLes deux derniers critères sont plafonnés à six fois le plafond annuel, soit 288 360 €
Cotisations socialesLa part exonérée d'impôtDeux fois le plafond annuel, soit 96 120 €
CSG et CRDSUniquement la part correspondant à l'indemnité légale ou conventionnelleLe reste est assujetti à 9,2 % et 0,5 %
Contribution patronaleRien : elle est due par l'employeur30 % du montant versé, depuis le 1er septembre 2023

Ces seuils ne concernent qu'une minorité de départs : sur une indemnité de 3 500 € ou de 14 250 €, l'exonération est totale et le net versé égale le brut annoncé. La ligne qui compte pour tout le monde est la dernière : les 30 % de contribution patronale pesant sur l'employeur expliquent une partie des refus, surtout dans les entreprises de moins de dix salariés, où se signent pourtant quatre ruptures sur dix.

Questions fréquentes

La réduction à 15 mois s'applique-t-elle aux ruptures signées avant septembre 2026 ?

Le critère retenu est la date de fin du contrat de travail, pas la date de signature. Une convention signée en juillet 2026 avec une sortie fixée au 30 septembre entre dans le nouveau régime. Une convention signée en août avec une fin de contrat au 31 août reste sous l'ancien.

L'employeur peut-il refuser une rupture conventionnelle sans motif ?

Oui. Le consentement des deux parties est la condition même du dispositif : ni le salarié ni l'employeur ne peuvent être contraints de signer, et un refus n'a pas à être justifié. Il n'existe aucun recours contre ce refus.

Peut-on négocier plus que l'indemnité légale ?

Oui, et c'est fréquent, mais la part qui dépasse le minimum légal déclenche un différé spécifique avant le premier versement de l'allocation : la part supra-légale divisée par 111,8 en 2026, dans la limite de 150 jours. Négocier 5 000 € de plus repousse l'allocation de 44 jours environ, ce qui reste avantageux si l'on retrouve un emploi entre-temps.

Que se passe-t-il si l'administration refuse d'homologuer ?

Le contrat de travail se poursuit comme si de rien n'était. Les motifs de refus les plus courants sont une indemnité inférieure au minimum légal, un délai de rétractation mal calculé ou une date de rupture trop rapprochée. Une nouvelle convention corrigée peut être signée, avec un nouveau délai de rétractation.

Une rupture conventionnelle est-elle contestable après coup ?

Elle peut être annulée si le consentement du salarié était vicié, par exemple dans un contexte de harcèlement établi ou de pressions. Le délai est de douze mois à compter de l'homologation, devant le conseil de prud'hommes. En cas d'annulation, la rupture produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse.